Neutralité du net: un débat publique faussé
L’autre jour, j’étais avec un ami en train de boire une bière dans un bar Parisien. Lui même étant un enthousiaste d’internet, nos sujets de conversation tournent souvent autour du réseau
. C’était le soir ou deux tables rondes sur la neutralité du net étaient organisées au Sénat. Comme à leur habitude , les amis Spyou, bluetouff et bayardb avaient eu la bonne idée de commenter les débats en direct depuis twitter. Je ne commenterais pas ici la teneur de ces débats, eux s’en sont déjà très bien chargés, d’autant plus que ce n’est pas tout à fait le sujet de ce billet .
A un moment donc, entre deux gorgées de bière, je prend nonchalamment mon téléphone mobile entre les mains et décide de checker mon fil de tweets. Puis de dire à mon ami « tiens, il y a en ce moment au Sénat des débats sur la neutralité du net ! ». D’un coup, mon acolyte leve les yeux de sa pinte puis me regarde avec des yeux de poisson, tout en me rétorquant « la quoi ? » . Je dois avouer que je fus dans un premier temps un peu choqué par cette réaction. Mais au delà du choc, il fallait corriger le tir immédiatement ! C’est alors que j’entrepris de lui expliquer simplement, en quelques phrases, de quoi il retournait lorsqu’on parlait de neutralité du Net.
« Tu vois, la neutralité du net, c’est un ensemble de principes qui ont bati le réseau et qui lui ont permis de devenir ce qu’il est; Mais qui sont aujourd’hui remis en question. Avoir un internet neutre, c’est par exemple s’assurer qu’il n’y ai pas de discriminations suivant la source, le destinataire, le protocole ou le contenu de l’information. Avoir un internet neutre c’est assurer un équilibre entre les acteurs, de sorte par exemple que l’abonné Free puisse voir le même internet que l’abonné SFR…enfin, qu’ils voient tous les 2 le vrai internet quoi « . Il n’a pas mis longtemps à comprendre que ce que je lui racontait était important, mais nous en sommes restés là.
En y réfléchissant plus tard dans la soirée, j’en suis venu à la conclusion que comme pour la DADVSI et autres saloperies en « i », si mon ami pourtant technophile n’avait jusqu’a présent pas entendu parlé de neutralité du net, il y avait de grandes chances pour que Mme Michu n’en entende elle jamais parler. Et pourtant ce débat la concerne autant que Michel, le mec poilu qui bosse sur un backbone d’opérateur tier 1.
La neutralité du réseau est un principe qui ne devrait même pas être sujet à débat . La neutralité EST internet, sans elle ce n’est plus internet. Mais non contents de la remettre en cause, les gens qui ont porté ce débat l’enrobent à présent avec de fausses problématiques techniques, le cachent sous des « c’est trop compliqué, c’est trop technique, ça ne concerne que les gens qui savent ».
Pourtant Madame Michu n’a guerre besoin de travailler à la poste pour comprendre que si on lui ouvre son courrier avant de lui délivrer, ce comportement n’est pas acceptable et doit être sanctionné. Au final, il n’y a aucun consensus sur ces sujets car la grande majorité des citoyens est écartée d’emblée, et volontairement maintenu dans l’ignorance.
Les médias « traditionnels » ont une grande part de responsabilité dans cet état de fait. Ils faillissent tout à fait sciemment à leur devoir d’information et de vulgarisation, car il n’est pas dans du tout dans l’intérêt des grands groupes de communication ni de l’état d’avoir un internet neutre, libre et ouvert. Trop dangereux . Trop subversif . Trop…. Libertaire .
Il suffit de voir la couverture médiatique quasi nulle, ou mensongère lorsqu’elle existe, qui a été faite dernièrement sur HADOPI. Et malheureusement les débats sur la neutralité du net sont en train de prendre le même funeste chemin. La situation serait encore pire si des organisations comme la quadrature du net, FDN ou meme l’APRIL, ne s’échinaient pas à essayer de porter le débat sur la place publique.
Mon ami m’a rappelé qu’il est de notre devoir, à nous qui sommes déjà sensibilisés à ces problématiques , et qui sommes attachés à la neutralité du réseau, de suivre l’exemple de ces associations et d’en parler tout autour de nous.
Et c’est bien ce à quoi je compte m’employer à partir de maintenant.
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